Biographie
Je suis née en 1975 à Versailles dans une famille d'entrepreneurs et de designers, cartésiens, pragmatiques et néanmoins sensibles aux arts. Enfant je dessinais beaucoup mais avec toujours le sentiment que quelque chose manquait. C'est à l'adolescence que je découvre l'argile et comprends enfin ce qui me manquait : le volume.
Après le bac, j'entre aux Arts Appliqués Olivier de Serres, en section design céramique, puis en DSAA design industriel. Mais le besoin du rapport à la matière est trop prégnant, il me faut faire avec mes mains. J'assouvis ce besoin de matière en prenant, en parallèle, des cours de tournage et de chimie de l'émail avec Thierry Fouquet et Héléna Klug. Après les études, pendant dix ans, j'enseigne les arts appliqués en lycée professionnel : j'aménage alors mon temps entre le lycée et l'atelier où je fais mes gammes et cherche à apprivoiser les techniques du tournage et de l'émail.
En 2010, je quitte cette vie et pars à Pondichery en Inde pour réaliser un vieux rêve d'expérience de vie à l'étranger. Dans cette ville de bord de mer, je passe près de deux ans dans un atelier de femmes ouvrières qui malgré la dureté de leurs existences, m'entourent de leurs rires et du chatoiement de leurs saris. Dans cet atelier, je réalise mes premières sculptures aux formes épurées sur lesquelles j'applique des empreintes de ce qui se trouve dans mon environnement immédiat : végétaux, textiles, roches. Garder la trace, se lier aux éléments naturels et culturels de mon environnement, parler du territoire, voilà ce qui m'anime. Les pièces sont noires, enfumées et jouent subtilement avec la lumière. Deux expositions clôturent ces deux années pondichériennes.
En 2010, à mon retour en France, j'ai un choc émotionnel important en visitant l'exposition de Pierre Soulage à Beaubourg : il a déjà tout dit avec le noir. Qu'est ce que je vais bien pouvoir faire? Je m'installe alors en Finistère où j'ouvre un atelier pour continuer de créer et dispenser des cours. J'expose mon travail et rencontre mon public en galerie, sur les événements céramiques et via ma boutique en ligne. Mon travail trouve aussi sa place dans des collections muséales finistériennes.
Dans la continuité de la démarche amorcée en Inde, j'imprime alors mes pièces, tournées et modelées, avec ce qui se trouve dans mon environnement naturel et culturel: empreintes d'ardoises et de dentelles. Mais l'Inde me manque et le souvenir de ces femmes puissantes et pourtant contraintes m'habite. Je décline alors une série de statuettes féminines, où je cherche à exprimer la puissance et la grâce du féminin. En parallèle, je subis un long chemin vers la maternité. Quand l'enfant paraît enfin, l'évidence de la puissance qui nous traverse me bouleverse. Je regarde celles qui m'entourent d'un œil nouveau. De nouvelles séries de sculptures en découlent : Les Guerrières, Les Déesses, Les Telluriques. Autant d'hommage à la puissance du féminin.
Cette fascination s'élargit peu à peu à tout ce qui nous lie ou nous soumet au vivant, aux forces mystérieuses qui nous animent. De la puissance du vent, au renouveau du printemps en passant par les forces telluriques. Et depuis quinze ans en Finistère, avec la proximité géographique de l'océan, avec la fascination croissante pour ce qui met l'eau en mouvement, tout m'apparait en cohérence: il s'agit toujours du même élan.
Aujourd'hui, mon travail est habité par cette question : mais quelle force nous traverse?!